En 2026, un artisan peut travailler sans facturer la TVA… jusqu’à un certain niveau de chiffre d’affaires. Au-delà, il doit ajouter la taxe sur ses factures, la déclarer et la reverser à l’administration fiscale.
Le sujet paraît simple. En pratique, plusieurs seuils coexistent, les taux varient selon la nature des travaux et une erreur de facturation peut coûter cher. Voici le mode d’emploi pour savoir si votre activité relève de la franchise en base, quand la TVA devient obligatoire et quelles obligations prévoir.
TVA artisan : le premier réflexe consiste à identifier votre activité
Les règles dépendent d’abord de la nature de votre chiffre d’affaires. Un artisan qui vend des meubles ne relève pas des mêmes seuils qu’un électricien qui facture principalement de la main-d’œuvre. De même, un plombier peut avoir une activité mixte : fourniture de matériaux et réalisation de travaux.
Pour la TVA, l’administration distingue principalement :
- les activités de vente de biens, de marchandises ou de fournitures ;
- les prestations de services, notamment les travaux artisanaux ;
- les activités réglementées ou relevant de règles particulières, comme certains travaux dans le bâtiment ;
- les opérations réalisées avec des clients situés dans l’Union européenne ou hors de l’Union européenne.
Cette distinction est déterminante pour calculer le seuil de franchise en base de TVA. Elle l’est aussi pour choisir le taux applicable sur les factures.
Les seuils de franchise en base de TVA applicables en 2026
La franchise en base permet à l’artisan de ne pas facturer la TVA à ses clients. En contrepartie, il ne peut pas récupérer la TVA payée sur ses achats professionnels.
Pour 2026, les seuils de référence restent, sauf nouvelle réforme adoptée en cours d’année, les suivants :
- 85 000 € de chiffre d’affaires pour les activités de vente de marchandises, de fournitures, de denrées à emporter ou à consommer sur place et d’hébergement ;
- 37 500 € de chiffre d’affaires pour les prestations de services et les activités libérales ;
- 93 500 € pour le seuil majoré des activités de vente ;
- 41 250 € pour le seuil majoré des prestations de services.
Le seuil normal permet de rester en franchise lorsque le chiffre d’affaires de l’année précédente ne dépasse pas la limite applicable. Le seuil majoré joue un rôle particulier lorsque le chiffre d’affaires dépasse le seuil normal, mais reste sous la limite supérieure.
Exemple : un artisan plombier réalise 39 000 € de chiffre d’affaires en 2026. Il dépasse le seuil normal de 37 500 €, mais reste sous le seuil majoré de 41 250 €. Il peut généralement conserver la franchise en base pendant l’année, sous réserve du respect des règles applicables et de l’évolution de son chiffre d’affaires.
En revanche, si son chiffre d’affaires atteint 42 000 €, le dépassement du seuil majoré entraîne en principe la fin de la franchise à compter du premier jour du mois du dépassement.
Attention au projet de seuil unique à 25 000 €
Une réforme prévoyant un seuil unique de franchise à 25 000 € avait suscité de nombreuses inquiétudes chez les indépendants et les petites entreprises. Cette mesure a été suspendue puis écartée dans le cadre des évolutions législatives intervenues en 2025.
Pour 2026, il est donc indispensable de vérifier la réglementation en vigueur au moment de la déclaration ou de la facturation. Les règles de TVA peuvent être modifiées par une loi de finances, un décret ou une instruction administrative.
Bon réflexe : ne vous fiez pas à un ancien article trouvé sur un forum. Consultez votre espace professionnel sur impots.gouv.fr ou demandez une confirmation écrite à votre service des impôts des entreprises.
Comment calculer le chiffre d’affaires à retenir ?
Le chiffre d’affaires à comparer aux seuils correspond aux recettes encaissées ou aux sommes à retenir selon les règles fiscales applicables à l’activité. Pour un artisan soumis au régime des micro-entreprises, le suivi du chiffre d’affaires encaissé est généralement central.
Il faut éviter plusieurs erreurs fréquentes :
- confondre chiffre d’affaires et bénéfice ;
- déduire les achats, les frais de carburant ou les cotisations sociales du chiffre d’affaires ;
- oublier une activité secondaire exercée sous la même entreprise ;
- raisonner facture par facture sans suivre le cumul annuel ;
- comparer un montant TTC à un seuil qui doit être apprécié hors taxe.
Un artisan qui encaisse 36 000 € et supporte 12 000 € de dépenses a bien réalisé 36 000 € de chiffre d’affaires. Ce n’est pas son résultat de 24 000 € qui sert à apprécier le seuil de TVA.
Franchise en base : ce que l’artisan peut et ne peut pas faire
Lorsque l’artisan bénéficie de la franchise en base, ses factures ne comportent pas de TVA. Elles doivent porter la mention :
« TVA non applicable, art. 293 B du CGI »
Cette mention doit être lisible et figurer sur les factures concernées. L’artisan ne doit pas afficher un taux de TVA à 0 %. Il ne s’agit pas d’un taux de TVA : il s’agit d’une absence de collecte de la taxe.
En contrepartie, la TVA payée sur les dépenses professionnelles n’est pas récupérable. Si vous achetez un véhicule utilitaire 24 000 € TTC avec 4 000 € de TVA, cette taxe reste incluse dans le coût de l’investissement.
La franchise peut donc être intéressante lorsqu’un artisan travaille principalement pour des particuliers et supporte peu d’achats soumis à TVA. Elle est moins favorable lorsque l’activité nécessite beaucoup de matériel, de stock ou de sous-traitance.
Les principaux taux de TVA applicables aux artisans
Lorsque la TVA devient obligatoire, le taux dépend de l’opération réalisée. Le taux normal est de 20 %. Il s’applique notamment à de nombreux travaux, fournitures et prestations qui ne bénéficient pas d’un régime réduit.
Les principaux taux à connaître sont les suivants :
- 20 % : taux normal, applicable par défaut ;
- 10 % : certains travaux d’amélioration, de transformation, d’aménagement et d’entretien dans des logements achevés depuis plus de deux ans ;
- 5,5 % : certains travaux de rénovation énergétique répondant aux conditions réglementaires ;
- 2,1 % : taux très spécifique, réservé à certaines opérations particulières.
Dans le bâtiment, le taux réduit de 10 % ne s’applique pas automatiquement parce que le client est un particulier. Le logement doit notamment être achevé depuis plus de deux ans et les travaux doivent entrer dans les catégories prévues par les textes.
La fourniture de matériaux peut également poser problème. Lorsque le client achète directement les matériaux, le fournisseur applique généralement le taux correspondant à la vente. Lorsque l’entreprise fournit et pose les matériaux dans le cadre d’une prestation éligible, l’ensemble peut parfois relever d’un taux réduit, sous conditions.
Piège courant : appliquer 10 % à toute une facture de rénovation alors qu’une partie correspond à des équipements ou à des travaux exclus du taux réduit. En cas de contrôle, le rappel de TVA peut être calculé sur la différence entre 10 % et 20 %, avec intérêts et éventuellement pénalités.
Les travaux de rénovation énergétique : un taux de 5,5 % sous conditions
Le taux de 5,5 % concerne certaines prestations portant sur la rénovation énergétique des logements. Il peut s’appliquer, par exemple, à des travaux d’isolation ou à l’installation de certains équipements respectant les critères prévus par la réglementation.
Le professionnel doit vérifier :
- la nature exacte des travaux ;
- l’âge et la destination du logement ;
- les caractéristiques techniques des équipements ;
- les éventuelles conditions liées à la qualification de l’entreprise ;
- la présence des mentions nécessaires sur le devis et la facture.
Le client peut être amené à fournir une attestation ou des informations confirmant l’éligibilité du logement. Il est prudent de conserver ces justificatifs avec le devis et la facture.
Que se passe-t-il lorsque l’artisan devient redevable de la TVA ?
Le passage à la TVA entraîne plusieurs changements pratiques. L’artisan doit d’abord obtenir ou utiliser un numéro de TVA intracommunautaire lorsque cela est nécessaire. Il doit ensuite modifier ses modèles de devis et de factures.
Une facture soumise à TVA doit notamment comporter :
- le montant hors taxe ;
- le taux de TVA applicable ;
- le montant de la TVA ;
- le montant total toutes taxes comprises ;
- le numéro de TVA du professionnel lorsque les règles l’exigent ;
- les mentions légales habituelles de facturation.
L’artisan doit également tenir une comptabilité ou un suivi suffisamment précis pour distinguer les opérations taxables, les opérations exonérées et les différents taux de TVA.
Déclarations de TVA : CA3, CA12 et acomptes
Le régime de TVA dépend du régime fiscal de l’entreprise et de son chiffre d’affaires.
Avec le régime réel normal, l’entreprise dépose généralement une déclaration mensuelle CA3. Une déclaration trimestrielle peut parfois être possible lorsque le montant annuel de TVA exigible reste inférieur à un certain niveau.
Avec le régime réel simplifié, l’entreprise dépose en principe une déclaration annuelle CA12 et verse des acomptes. Le solde est ensuite régularisé selon la TVA réellement due.
Les seuils et modalités peuvent évoluer. Il faut donc vérifier le régime indiqué dans l’espace professionnel et sur les courriers de l’administration fiscale.
Le calcul de la TVA à payer est relativement simple :
TVA collectée sur les ventes – TVA déductible sur les achats = TVA à décaisser.
Exemple : un artisan facture 10 000 € HT avec une TVA à 20 %, soit 2 000 € de TVA collectée. Sur la même période, il a payé 800 € de TVA sur ses achats professionnels déductibles. La TVA théoriquement due est de 1 200 €.
Il faut toutefois tenir compte des règles de déduction, des immobilisations, des régularisations et des éventuels crédits de TVA.
Faut-il opter volontairement pour la TVA ?
Un artisan qui bénéficie de la franchise peut choisir volontairement de devenir redevable de la TVA. Cette option peut être utile dans plusieurs situations.
- L’entreprise réalise des investissements importants.
- Elle achète régulièrement des matériaux ou du matériel soumis à TVA.
- Ses clients sont principalement des entreprises qui récupèrent elles-mêmes la TVA.
- Elle souhaite donner une image plus adaptée à une activité appelée à se développer.
- Elle prévoit de dépasser prochainement les seuils.
À l’inverse, l’option peut être défavorable lorsque la clientèle est composée de particuliers. Une facture de 1 000 € HT devient 1 200 € TTC avec une TVA à 20 %. Si l’artisan ne peut pas augmenter ses prix, sa marge réelle diminue.
Il faut donc comparer deux scénarios :
- Franchise : prix final plus simple pour le particulier, mais TVA sur les achats non récupérable ;
- Assujettissement : TVA récupérable sur les achats, mais prix TTC potentiellement plus élevé pour le client.
Cette décision ne doit pas être prise uniquement pour « récupérer la TVA » sur un achat isolé. Il faut analyser la structure globale des dépenses, la clientèle, la marge et les perspectives de chiffre d’affaires.
Un exemple complet pour un artisan du bâtiment
Imaginons une entreprise de rénovation qui réalise 70 000 € de chiffre d’affaires annuel. Elle travaille pour 80 % avec des particuliers et pour 20 % avec des professionnels. Ses achats de matériaux représentent 25 000 € TTC.
Si elle reste en franchise, elle ne facture pas de TVA. En revanche, la TVA incluse dans ses achats n’est pas récupérable. Elle doit également surveiller le seuil de 37 500 € si son activité est principalement une prestation de services.
Si elle devient redevable de la TVA, elle pourra récupérer la taxe sur ses achats professionnels déductibles. Mais ses clients particuliers subiront une hausse du prix TTC si les tarifs hors taxe restent identiques.
La bonne décision dépend donc de la répartition entre main-d’œuvre et fournitures, des taux applicables aux travaux et de la capacité à ajuster les prix. Dans ce type de situation, un tableau prévisionnel sur douze mois est souvent plus utile qu’une estimation « au feeling ».
Les erreurs fiscales les plus fréquentes
- Continuer à utiliser la mention « TVA non applicable » après un dépassement de seuil.
- Facturer 10 % de TVA sans vérifier l’ancienneté du logement.
- Oublier de déclarer la TVA collectée.
- Récupérer la TVA sur des dépenses personnelles ou insuffisamment justifiées.
- Confondre le montant encaissé TTC avec le chiffre d’affaires HT.
- Ne pas anticiper le passage à la TVA lors d’un gros chantier encaissé en plusieurs fois.
- Modifier ses prix sans prévenir clairement ses clients.
Le meilleur réflexe consiste à suivre chaque mois trois indicateurs : le chiffre d’affaires cumulé, la TVA collectée et la TVA déductible. Une simple feuille de calcul peut suffire au départ, à condition d’être tenue régulièrement.
Ce qu’il faut retenir pour 2026
Un artisan doit d’abord déterminer si son activité relève de la vente ou des prestations de services. Il doit ensuite comparer son chiffre d’affaires aux seuils de franchise en base : 85 000 € pour les ventes et 37 500 € pour les services, avec des seuils majorés respectifs de 93 500 € et 41 250 €.
La franchise évite de facturer la TVA, mais interdit sa récupération sur les achats. L’assujettissement impose des déclarations et une organisation plus rigoureuse, mais permet de récupérer la TVA déductible.
Enfin, le taux applicable ne se choisit pas en fonction du métier de l’artisan. Il dépend de la nature précise de l’opération, du logement concerné et des conditions prévues par les textes. En matière de TVA, la petite ligne d’une facture peut avoir de grandes conséquences.

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