4 avril 2026

Article 15 b ter : tout comprendre sur l’exonération de plus-value immobilière de la résidence principale

Article 15 b ter : tout comprendre sur l’exonération de plus-value immobilière de la résidence principale

Article 15 b ter : tout comprendre sur l’exonération de plus-value immobilière de la résidence principale

Vous vendez votre maison ou votre appartement et votre notaire vous annonce : « pas d’impôt sur la plus-value, c’est votre résidence principale ». Très bien… mais sur quoi s’appuie réellement cette exonération ? Que recouvre exactement cette fameuse « résidence principale » ? Et surtout : dans quels cas l’administration peut refuser l’exonération ?

C’est là qu’entre en scène l’article 150 U du Code général des impôts, et plus précisément son dispositif d’exonération pour la résidence principale (souvent évoqué, à tort, comme « article 15 b ter » dans certaines discussions ou anciens commentaires).

On va partir d’un cas concret, puis dérouler les règles une par une, avec des exemples chiffrés et les points de vigilance qui posent problème en pratique.

Le cas pratique de départ : une vente avec 120 000 € de plus-value

Imaginez la situation suivante :

  • Vous achetez en 2010 un appartement 200 000 € (frais de notaire inclus).
  • Vous l’occupez en continu avec votre famille.
  • En 2024, vous le revendez 320 000 €.
  • Sur le papier, la plus-value brute est de :

    320 000 € – 200 000 € = 120 000 €

    Dans 99 % des cas, si ce bien est bien votre résidence principale au moment de la vente, la totalité de cette plus-value (120 000 €) est exonérée :

  • pas d’impôt sur le revenu sur la plus-value,
  • pas de prélèvements sociaux sur la plus-value,
  • pas de surtaxe sur les plus-values élevées.
  • Mais pour en bénéficier sans mauvaise surprise, il faut vérifier trois blocs de conditions :

  • le texte légal : ce que disent vraiment le Code général des impôts et la doctrine,
  • la notion de « résidence principale » : occupation, délais, dépendances, etc.,
  • la pratique : comment les notaires et le fisc appliquent ces règles.
  • Le cadre légal : ce que dit vraiment l’article 150 U

    Le régime des plus-values immobilières des particuliers est encadré par l’article 150 U du Code général des impôts (CGI). Le principe est simple :

  • toute cession d’immeuble (hors cas particuliers) est imposable,
  • sauf si elle entre dans l’un des cas d’exonération listés par la loi.
  • Parmi ces cas, le plus connu est celui de la résidence principale. L’article 150 U, II, 1° prévoit l’exonération de la plus-value « réalisée lors de la cession de l’immeuble constituant la résidence principale du cédant au jour de la cession, ainsi que de ses dépendances immédiates et nécessaires cédées simultanément ».

    À retenir :

  • l’exonération n’est pas un « cadeau de pure pratique » : elle a une base légale claire,
  • elle vise le bien qui est la résidence principale au jour de la cession,
  • elle couvre aussi certaines dépendances, sous conditions.
  • La doctrine administrative (BOFiP-Impôts, notamment BOI-RFPI-PVI-10-40-10) vient préciser comment comprendre « résidence principale », « dépendances » et « au jour de la cession ».

    Résidence principale : ce que l’administration attend vraiment

    La résidence principale, ce n’est pas un concept « au feeling ». En pratique, l’administration retient trois critères principaux :

  • occupation effective : vous y vivez réellement,
  • occupation habituelle : c’est votre centre de vie (travail, famille, activités…),
  • caractère permanent : vous n’y êtes pas simplement de passage.
  • En pratique, les éléments suivants sont généralement demandés ou vérifiés en cas de contrôle :

  • adresse figurant sur votre avis d’imposition (IR, taxe d’habitation à l’époque où elle existait encore),
  • factures d’électricité, de gaz, d’eau montrant une consommation compatible avec une occupation à l’année,
  • assurance habitation en résidence principale,
  • certificats de scolarité des enfants, changements d’adresse auprès des banques, etc.
  • Important : vous pouvez n’avoir qu’une seule résidence principale par foyer fiscal. Une maison + un appartement à la mer ? L’un seul peut être exonéré comme résidence principale, l’autre est (en principe) traité comme secondaire ou locatif.

    Faut-il encore habiter le bien le jour de la vente ?

    Le texte parle de résidence principale « au jour de la cession ». C’est souvent source d’angoisse, surtout lorsqu’on a déjà déménagé.

    Heureusement, la doctrine administrative a assoupli ce point. L’exonération est maintenue dans les cas suivants :

  • vous quittez votre résidence principale pour acheter/occuper une nouvelle résidence,
  • l’ancien logement est mis en vente dans un délai raisonnable,
  • il n’est pas occupé (ni loué, ni prêté, ni occupé gratuitement) pendant cette période.
  • En pratique, l’administration admet généralement un délai d’environ un an entre le départ et la vente, dès lors que :

  • vous prouvez les démarches de mise en vente (mandat d’agence, annonces, mails…),
  • le logement n’a pas été occupé pendant ce laps de temps.
  • Exemple : vous quittez votre appartement en mars 2023, vous emménagez dans votre nouvelle maison, vous mettez l’appartement en vente immédiatement et vous le signez en février 2024. L’administration admet dans la plupart des cas l’exonération résidence principale, même si vous n’y vivez plus « au jour exact » de l’acte.

    Attention : si vous louez le bien (même quelques mois) entre votre départ et la vente, vous sortez du dispositif résidence principale. La plus-value devient alors imposable selon le régime classique (avec abattements pour durée de détention).

    Focus sur les dépendances : garage, place de parking, jardin…

    L’article 150 U exonère aussi la plus-value sur les « dépendances immédiates et nécessaires » de la résidence principale, à condition qu’elles soient cédées en même temps que le bien principal.

    Sont classiquement admis comme dépendances :

  • garage attenant ou situé dans le même immeuble ou lotissement,
  • place de parking vendue avec l’appartement,
  • cave, grenier, box…
  • Conditions clés :

  • proximité physique : dans le même ensemble immobilier ou à proximité immédiate,
  • usage lié à l’habitation principale (et non à une activité professionnelle),
  • cession simultanée à celle du logement (même acte ou opérations connexes).
  • Les terrains attenants peuvent également bénéficier de l’exonération, mais l’administration est plus vigilante en cas de surface importante ou de division parcellaire préalable (risque de requalification, voire d’assimilation à une opération spéculative).

    Les cas fréquents qui posent problème

    Voici les situations « grises » qui reviennent le plus souvent dans la pratique et en contentieux.

    1. Vous avez mis en location un ancien bout de votre résidence principale

    Exemple : vous possédez une grande maison, vous aménagez le rez-de-chaussée en appartement indépendant et vous le louez depuis 5 ans. À la vente globale de la propriété :

  • la partie que vous occupez à titre de résidence principale peut être exonérée,
  • la partie louée est, elle, soumise au régime de la plus-value immobilière classique.
  • Le notaire doit alors ventiler le prix de vente entre :

  • la quote-part « résidence principale » (exonérée),
  • la quote-part « investissement locatif » (imposable).
  • 2. Vous avez exercé une activité professionnelle dans le logement

    Si vous utilisez une partie de votre résidence principale pour une activité professionnelle (bureau, cabinet, atelier), là aussi il peut y avoir, en théorie, une ventilation :

  • en pratique, l’administration admet souvent l’exonération intégrale si la partie professionnelle est faible (une pièce de bureau par exemple),
  • mais pour une structure plus importante (cabinet médical avec salle d’attente, pièces dédiées…), la quote-part professionnelle peut être exclue de l’exonération.
  • 3. Vous êtes expatrié et vous vendez après votre départ

    Deux points à distinguer :

  • si vous avez quitté la France et que le bien n’est plus occupé comme résidence principale depuis plusieurs années, l’exonération résidence principale ne joue plus : c’est une résidence « secondaire » ou « de patrimoine » au sens fiscal ;
  • vous pouvez éventuellement bénéficier d’autres régimes (exonération partielle des non-résidents sur l’ancienne résidence principale, sous conditions de délai et de plafond), mais ce n’est pas l’exonération standard de l’article 150 U.
  • Dans ce type de dossier, un examen précis de la chronologie (dates de départ, de mise en vente, d’occupation…) est indispensable.

    Comment se calcule la plus-value… avant d’être exonérée

    Même si la résidence principale est exonérée in fine, le mécanisme de calcul reste le même qu’en régime imposable. Il est utile de le comprendre, ne serait-ce que pour :

  • mesurer le gain réel de l’exonération,
  • anticiper le régime futur si le bien devenait secondaire ou locatif.
  • Formule de base de la plus-value immobilière :

    Plus-value brute = Prix de vente – Prix d’acquisition (corrigé)

    Prix d’acquisition corrigé =

  • prix payé à l’achat,
  • + frais d’acquisition (frais de notaire, droits d’enregistrement) au réel ou forfait de 7,5 %,
  • + travaux au réel (sur factures) ou forfait de 15 % si détention depuis plus de 5 ans.
  • Prix de vente =

  • prix figurant dans l’acte,
  • – frais supportés par le vendeur pour la cession (diagnostics obligatoires, par exemple, sous conditions).
  • En régime « résidence principale », une fois la plus-value brute calculée, on applique… un abattement de 100 %. Résultat :

  • impôt sur le revenu : 0 %,
  • prélèvements sociaux : 0 %,
  • surtaxe sur grosses plus-values : 0 %.
  • C’est précisément ce qui donne autant de valeur stratégique à cette exonération.

    Quelles preuves conserver pour sécuriser votre exonération ?

    En pratique, le notaire va souvent considérer de bonne foi qu’un bien est votre résidence principale si :

  • c’est l’adresse de votre avis d’imposition,
  • vous l’indiquez comme telle,
  • rien dans le dossier ne contredit cette affirmation.
  • Mais en cas de contrôle ultérieur, mieux vaut pouvoir apporter des éléments concrets. Conservez au minimum :

  • les avis d’imposition (IR) mentionnant l’adresse,
  • les contrats et factures d’énergie sur plusieurs années,
  • le contrat d’assurance habitation en résidence principale,
  • éventuellement : attestations de scolarité, attestations d’employeur mentionnant l’adresse, etc.
  • Si vous avez quitté le bien avant la vente, gardez aussi :

  • le mandat de vente signé avec l’agence,
  • les annonces publiées, captures d’écran, mails de visites,
  • tout élément montrant que vous avez mis le bien en vente sans inertie.
  • Les pièges fréquents : quand l’exonération peut être remise en cause

    Trois grandes situations peuvent attirer l’attention de l’administration et conduire à un redressement :

    1. Multiplication des ventes de « résidences principales »

    Si vous achetez, rénovez, habitez quelques mois, revendez avec une forte plus-value, puis recommencez tous les 18 mois, vous cochez toutes les cases d’un comportement « spéculatif ».

    Risques :

  • remise en cause de l’exonération résidence principale sur certaines ventes,
  • requalification éventuelle en activité de marchand de biens (beaucoup plus défavorable),
  • pénalités pour abus de droit.
  • 2. Location saisonnière type Airbnb sur une partie importante de l’année

    Un bien loué une partie significative de l’année en meublé de tourisme peut être contesté comme résidence principale, notamment si :

  • vous n’y habitez pas effectivement la majeure partie de l’année,
  • votre consommation d’énergie ne correspond pas à une occupation principale,
  • les calendriers de réservation montrent une activité quasi continue.
  • Tout est question de proportion et de faits. Un usage ponctuel n’est pas automatiquement disqualifiant, mais une quasi-exploitation hôtelière peut l’être.

    3. Division de parcelle avant la vente

    Exemple : vous divisez votre terrain, vendez d’abord un lot nu, puis la maison avec le reste du terrain.

  • la vente de la maison + terrain resté comme dépendance immédiate peut être exonérée,
  • la vente du lot nu détaché peut, elle, ne pas bénéficier de l’exonération résidence principale.
  • Là encore, l’analyse se fait au cas par cas : surface, vocation du terrain, délais entre les ventes, etc.

    Comment articuler cette exonération avec les autres régimes favorables ?

    L’article 150 U ne se limite pas à la résidence principale. Il prévoit aussi d’autres cas d’exonération (ou la loi complète avec d’autres articles) que l’on croise souvent en pratique :

  • cession d’un logement autre que la résidence principale par un contribuable non propriétaire de sa résidence principale (exonération dite « première cession d’un logement autre que la résidence principale », article 150 U, II, 1° bis) ;
  • cessions d’un montant inférieur ou égal à 15 000 € (plafond par quote-part de vendeur) ;
  • exonération pour certains retraités ou invalides de condition modeste sur la cession de leur habitation principale ou secondaire (sous conditions de ressources et de non-soumission à l’IFI) ;
  • exonération après 22 ans de détention pour l’impôt sur le revenu et 30 ans pour les prélèvements sociaux (régime de droit commun en l’absence de résidence principale).
  • Intérêt patrimonial :

  • ne « brûlez » pas inutilement une exonération spécifique si vous pouvez bénéficier de l’exonération résidence principale (plus large, plus simple),
  • à l’inverse, si un bien ne peut plus être qualifié de résidence principale, regardez s’il peut entrer dans l’un des autres dispositifs, avant d’accepter l’imposition pleine et entière.
  • Stratégies patrimoniales autour de la résidence principale

    Bien utilisée, l’exonération de la résidence principale peut devenir un puissant outil de gestion de patrimoine. Quelques pistes, à manier avec prudence :

  • arbitrer un patrimoine trop concentré sur un bien « surévalué » (en zone très tendue) en le vendant en exonéré pour diversifier ensuite (SCPI, assurance-vie, autre immobilier locatif) ;
  • profiter de la période de résidence principale pour effectuer des travaux de valorisation (financés éventuellement à crédit), afin que la plus-value générée soit exonérée ;
  • anticiper une expatriation ou un changement de situation familiale (divorce, séparation, départ en maison de retraite) en calant au mieux la vente pour rester dans le cadre de la résidence principale ;
  • penser à la transmission : un couple peut, par exemple, vendre la résidence principale en exonéré et placer une partie du produit sur des supports plus facilement transmissibles (donations d’argent, assurance-vie…), tout en rachetant une résidence plus adaptée (taille, localisation).
  • La ligne rouge reste toujours la même : ne pas travestir la réalité (un bien locatif ne devient pas « résidence principale » parce qu’il est vide depuis 3 mois), mais organiser les opérations dans le respect du texte… et de son calendrier.

    En gardant en tête ces repères, vous pouvez transformer un simple dossier de vente en vraie décision patrimoniale, en tirant pleinement parti de ce que permet – et seulement de ce que permet – l’article 150 U et l’exonération de la résidence principale.